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Updated 12/05/2005
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L'inclassable ATP
Etienne Blanchot, 27th of April 2005
ATP, pour "All Tomorrow's Parties", intitulé naturellement choisi en référence à la célèbre chanson du Velvet Underground, et aussi sans doute pour sa dimension utopique: cela fait maintenant six ans que circule le nom de ce festival qui sort de l'ordinaire, s'offrant chaque année un nouveau directeur artistique choisi parmi des groupes ou artistes cultes et où se retrouve la crème de la scène musicale passée et future, avec pour cadre insolite un village de vacances anglais de bord de Manche, à quelques miles de Brighton et pas si loin de Paris (1).
Imaginé par le promoteur londonien Barry Hogan, lassé du formatage des festivals, le concept ATP est sans équivalent. Le principe consiste à donner carte blanche à une sommité de la pop culture contemporaine, qui pioche allégrement dans sa discothèque intime et opère une sélection des artistes dont elle se sent aujourd'hui proche. Se sont ainsi succédé aux manettes, depuis 1999, les increvables Sonic Youth, les laborantins Autechre, les deux bad boys torturés de l'art contemporain britannique Dinos et Jake Chapman, Matt Groening, le créateur des Simpsons, ou encore, en février 2004, le combo post-rock américain Slint, reformé pour l'occasion. Le week-end dernier, c'est cette grande gueule de Vincent Gallo, qui, en touche-à-tout talentueux, s'y collait.
Taille humaine. La formule ATP repose sur un principe d'affinités électives, qui tourne à plein régime et permet au festival d'aligner à chaque édition une sorte de bottin mondain des grandes figures musicales de ces trente dernières années. Public Enemy, Captain Beefheart, y ont donné leur premier concert en Europe depuis des lustres ; et même les artistes les plus farouches comme le mythique duo d'electronica Boards of Canada se laissent un jour tenter par la proposition.
Habituellement fréquenté par des familles populaires, le camp de vacances de Pontins, à Camber Sands, prend l'espace de trois jours des allures de colonie de vacances pour lecteurs de The Wire (la bible britannique des musiques innovantes), ultralookés ou pas. Ce qui n'a ici que peu d'importance, le temps semblant s'être arrêté au début des années 80. La plage, avec ses baraques à machines à sous, a des faux airs de Coney Island ; on y trouve bien sûr une énorme piscine familiale et les incontournables bowling et minigolf.
Tout le monde, artistes comme festivaliers, est logé à la même enseigne dans des bungalows équipés tout confort. Il n'est pas rare, dans ces conditions, de croiser tout bonnement Alan Vega, de Suicide, en train de se faire tirer le portrait en famille au Photomaton, Vincent Gallo et Jon Spencer se congratulant au pub, ou même d'entrevoir, par la fenêtre de son bungalow à peine éclairé, Yoko Ono en pleine séance de maquillage avant de monter sur scène.
Last but not least, une chaîne de télé est programmée non-stop par l'invité, et l'on peut découvrir à 4 heures du matin avec jubilation le goût prononcé de Vincent Gallo pour le cinéma bis et les films de Mario Bava ou Jess Franco. Une sorte d'Eden du festivalier, mais qui, comme toute bonne chose, se mérite. De taille humaine la capacité est volontairement limitée à 3 000 billets , le festival est systématiquement complet des mois à l'avance et le principe des chalets partagés (le forfait festival comprend la place et sa location) demande un peu d'organisation. Son prix reste cependant raisonnable (environ 190 euros par personne), effort d'autant plus notable que le festival ne fait appel à aucun sponsor.
Révélations. Côté musical, on gardera en mémoire les prestations d'un des papes de la no wave new-yorkaise du début des années 80, James Chance et ses Contortions, ou celui du Blues Explosion énervé, remettant les pendules à l'heure du retour du rock.
Parmi les révélations de cette édition, on citera les Anglais d'Autolux, entre douceur et fureur dans la droite lignée des Blonde Redhead, et la pop sombre et baroque des Women and Children. Enfin, le free-rock coquet d'Afrirampo, deux Japonaises qui incarnaient peut-être à elles seules l'esprit du festival cette année, entre exigence décontractée, fraîcheur et désacralisation.
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